logo

YOSHIMI FUTAMURA

Née en 1958 à Nagoya, Yoshimi Futamura est une céramiste contemporaine.

Imprégnée de sa rencontre avec les Maîtres de Séto, entre tradition japonaise et avant-garde occidentale, l’artiste fait naître des céramiques proche de la sculpture. Son oeuvre d’un rapport élémentaire à la matière : terre cuite, craquelée, traversée de creux ou de brisures est présente dans de très nombreux musées et institutions en France et à l’étranger. L’artiste nous reçoit à la galerie Cipango où se tient une mini-retrospective de son oeuvre regroupant un ensemble de 22 pièces.


Par Fanny Revault

D’où vous vient cette passion pour l’art ?

Cela remonte à mon enfance, lorsque que j’étais toute petite. J’habitais à la campagne où nous recevions avec la cérémonie du thé. Chez mes parents, il y avaient certains bols de thés rangés dans une boite en bois. De temps en temps, je sortais ces bols que les enfants n’avaient pas le droit de toucher. J’aimais beaucoup les toucher, ce contacte avec la terre.

Plus tard, peut-être au début du lycée, il fallait que je décide ce que j’allais faire dans la vie. À ce moment, j’ai vu l’émission télé d’un céramiste qui s’appelait Hamada Shoji, artiste international vivant à cette époque. Le reportage portait sur son atelier. On en voyait pas seulement les pièces, mais aussi sa façon de travailler. Il se dégageait une harmonie extraordinaire entre lui et cet espace. Les pièces étaient belles, et il était possible d’utiliser la céramique. C’est comme cela que j’ai voulu faire de la céramique, non pas seulement de la peinture ou de la sculpture.

Quels sont les artistes qui vous inspirent ?

Je n’ai pas un nom en particulier mais j’apprécie beaucoup d’artistes contemporains ou du passé. Concernant mes œuvres, je suis plutôt influencée par les pièces préhistoriques, notamment par la période antique japonaise du jomon. Cela me donne beaucoup de force. Mais en général, c’est plutôt la nature qui m’inspire que les artistes, même si leurs expositions me stimulent.

Quelles sont les qualités nécessaires pour faire de sa passion son métier ?

L’obstination ; il ne faut jamais arrêter d’insister et de faire des bêtises car c’est à ce moment que l’on trouve de nouvelles choses. Parfois, il faut ne pas respecter ce que l’on a appris mais casser et se révolter contre ce que nous avons connu.

Selon vous, où se situe l’acte créatif dans votre travail ?

Tout est art dans la vie quotidienne. Pour moi, cela commence rien qu’en préparant du thé. L’art est dans tous les détails de la vie quotidienne. Il est aussi dans le contact avec la nature, chaque fois que je coupe des légumes, mais dans la cuisine en générale et notamment lorsque je reçois. Les graines de l’art sont présentes dans tous ces moments.

Vos œuvres évoquent-elles votre regard sur notre monde ?

Il y a des thèmes pour chaque œuvre. Avant de réaliser la série présentée ici, je travaillais sur le thème des racines : les racines suspendues ou celles en rhizome. C’était une façon d’évoquer mes origines ; j’habite très loin de mon pays natal et j’ai voulu explorer ces questions.

Petit à petit, beaucoup d’événements marquants ont eu lieu dans notre société : les catastrophes naturelles, le terrorisme… Beaucoup de choses se passent dans le monde que l’on ne comprend pas. Beaucoup de choses me posaient questions, et cela m’inspiration pour créer. Il y a des correspondances entre tout ce qui se passe dans le monde et mes œuvres. Mes œuvres sont comme une prière pour avoir la paix et un monde meilleur que celui que nous avons actuellement.

Selon vous, pourquoi l’art est-il important dans nos vies ?

Quand nous n’avons pas la paix et lorsque les hommes préfèrent la guerre, l’art n’est pas la première chose à laquelle on pense. Mais pour avoir la paix dans la vie quotidienne, nous avons besoin de ce secteur que seuls les hommes maîtrisent. Je crois que c’est important. Si l’art vivant existe de façon importante au sein d’une société, cela signifie que cette dernière est en paix. Il y a plus d’espoir …

Que pensez-vous de la céramique contemporaine ?

L’année dernière, à Montrouge, Sèvres et en Hollande, il y a eu une exposition, Ceramics, organisée par le monde de l’art contemporain. Tous les artistes étaient mélangés, Picasso, Gauguin… et aussi les céramistes d’aujourd’hui, dont moi. Maintenant, je pense que les gens s’intéressent davantage au monde de la terre, ou en tout cas, j’espère que l’on s’intéresse à cette pratique plus attentivement.

Pour vous, qu’est ce qu’un chef-d’œuvre ?

Mes premiers contacts avec un chef-d’œuvre ont lieu lorsque je sors une de mes pièces du four. J’ai beaucoup d’expérience maintenant, et je sais à peu près à quoi les pièces vont ressembler  lorsqu’elles vont sortir. Mais parfois, l’œuvre qui sort du four dépasse mes espérances et, pour moi, c’est une réussite. Le four travaille ; la dernière touche d’une œuvre est la cuisson. On essaie de manipuler ce qui se passe mais on ne peut pas toucher les pièces directement lorsqu’elles cuisent, puisqu’elles sont trop chaudes. Quelque chose se passe et j’obtiens plus que ce que j’espérais. Mais cela reste rare, on appelle ça un cadeau du four.

Un mot sur votre nouvelle exposition à la galerie Cipango ?

C’est un peu la continuité de l’exposition de l’année dernière à New York. J’y ai présenté beaucoup de pièces comme celles exposées aujourd’hui, mais de moins grande taille, notamment la série The black Hole. Sylvie Tissot, la galeriste, a choisi les autres pièces exposées précédemment. Ce n’est donc pas vraiment une exposition rétrospective mais un mélange de différentes périodes.

De quoi rêvez-vous à présent ?

Après la série Black Hole, il y aura la série Rivers. Mais globalement, je souhaite que le monde devienne plus positif.