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THIERRY BIGAIGNON

Entretien avec Thierry Bigaignon à la Galerie Thierry Bigaignon, galerie d'art dédiée exclusivement à la photographie. 

Par Fanny Revault
Jean Lesniewski


Quel est votre parcours ?

J’ai commencé ma carrière à Paris, en tant que commissaire d’exposition. Avant cela, j’ai créé une affaire qui faisait le lien entre l’art et l’entreprise. L’idée était de leur apporter un contenu qualitatif. Petit à petit, j’ai affiné et orienté le contenu vers la photographie, notamment parce qu’il s’agit d’une passion personnelle. Après des études de sciences politiques effectuées à Londres, j’ai étudié la photographie à New York et mon offre s’est adaptée. Il s’agit d’un médium, à mon sens, tout à fait passionnant qui revêt en tout temps une modernité folle et s’adapte à beaucoup de situations et de besoins.

Par la suite, j’ai eu envie de me confronter au marché des collectionneurs. Quinze ans après avoir lancé mon entreprise, j’ai eu l’envie de sauter le pas et de créer la galerie en 2016, accompagné de Ralph Gibson. Il est peut-être l’un des derniers grands maîtres encore vivant et m’a fait suffisamment confiance pour assister le lancement de la galerie, ce qui est pour moi un véritable honneur.

Quelles sont les missions de votre galerie ?

Je n’ai pas la vision d’une galerie qui doit absolument découvrir des talents émergents. C’est une partie de ma mission mais ce n’est pas la seule. Ma programmation est, si j’ose dire, « classic with a twist ». Je souhaite présenter la photographie dans sa diversité, avec évidemment, des éléments de surprise. J’aime étonner et m’étonner moi-même. C’est ce que j’essaie de retranscrire dans ma programmation. J’aimerais apporter un renouveau, tant dans la façon de gérer la galerie que dans la programmation elle-même. Mais ce n’est pas une volonté première que de faire du neuf pour du neuf. Nous avons une programmation suffisamment éclectique à mon sens pour répondre à un certain nombre de besoins. Nous exposons des artistes comme Ralph Gibson, Harold Feinstein qui sont de grands maîtres de la photographie, mais aussi des artistes plus émergeants et conceptuels comme Amélie Labourdette et Vittoria Gerardi, photographes et plasticiennes. Elles ont cette capacité à mélanger ces deux approches de la photographie. Nous avons des artistes « mythe career » comme Catherine Balet où Renato d’Agostin. Ce sont des photographes qui ont déjà une pratique importante de la photographie.

Selon vous, pourquoi la photographie est-elle importante dans nos vies ?

La photographie est importante au même titre que tous les arts. D’abord, elle est importante pour ceux qui ont besoin de créer. Ce besoin existera toujours, peu importe les moyens, il est inhérent à l’être humain. Une fois que ce besoin est assouvi, il y a comme un dialogue qui se créer avec le spectateur ; car lui à un autre besoin inhérent qui est celui de s’émouvoir. Je crois que la photographie et l’art en général sont avant tout vecteur d’émotions. Il ne s’agit pas toujours de nostalgie, de bien-être ou d’extase. Nous pouvons également ressentir un sentiment très proche de la réflexion, de la remise en question.

Je crois par ailleurs qu’il existe une culture photographique importante. Il ne faut pas la nier mais, au contraire, la promouvoir. L’un des rôles que je m’attribue est de promouvoir cette culture photographique. Du moins j’essaie. Je reçois beaucoup d’artistes qui viennent me montrer leur portfolio. L’une des choses que je pense déceler avant d’avoir discuté avec le photographe est s’il y détient une culture photographique. Il ne s’agit pas simplement de faire des belles images, tout le monde peut le faire. Il s’agit plutôt d’avoir une culture globale mêlée avec la sienne pour en faire sortir quelque chose de personnelle et d’universelle. Cette fusion permet de produire des œuvres, même si d’autres qualités sont nécessaires : la ténacité, la pugnacité, affiner son sillon. Il faut de l’obsession. Je crois que la plupart des artistes avec lesquels je travaille et que j’admire ont avant tout une sorte d’obsession.

Ralph Gibson est un artiste qui, dans toutes ses œuvres, peut être situé entre l’abstraction et la figuration. Si l’on prend ses premières photographies du début des années 1960 aux plus récentes, nous remarquons que la forme et le format ont changé, passant de l’argentique au numérique, du noir et blanc à la couleur, du petit format à d’autres bien plus grands ; mais le fond reste inchangé . Il a une obsession, un sillon qu’il creuse, une recherche fondamentale au fond de lui même qui le pousse à chercher une réponse dans un langage situé entre abstraction et figuration. Ce langage ne peut être dissocié de la photographie. Je crois que cette obsession est primordiale et qu’il s’agit de la marque des grands. C’est ce genre de qualités qui permet de créer une œuvre.