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RENÉ WIRTHS

René Wirths est un peintre allemand qui vit et travaille à Berlin.

 

D’où vient cette passion pour la peinture ?

Je viens d’un foyer plutôt éloigné de la culture. Dans mon enfance, je n’ai visité ni musée ni exposition. Mais bizarrement, dans notre salon, il y avait une impression sur toile des Trois Musiciens de Picasso. Cette sorte d’abstraction m’a fasciné et marqué. Avec le temps, j’ai pu découvrir de plus en plus de choses dans ce tableau, comme par exemple le chien qui sort derrière la composition principale. J’ai quasiment absorbé cette image – elle est devenue l’entrée dans une autre sphère pour moi. Un jour, j’ai commencé à faire des dessins de nus. Pendant dix ans, je n’ai fait que dessiner. À l’école des beaux-arts, j’ai commencé la peinture à l’huile, avec laquelle je me suis senti tout de suite à l’aise.

 

Quel événement a marqué votre travail ?

C’était aussi un événement de ma jeunesse. Lorsque j’ai reçu mon bulletin à la fin de la première année à l’école, il y avait marqué : « Il faudrait féliciter l’élève pour ses peintures à couleurs vives, qui laissent apercevoir une forte fantaisie ». Cela m’a énormément motivé. Cette reconnaissance m’a beaucoup servi et j’ai souvent relu cette phrase. De tous les échecs que j’ai vécus et que je vivrai, cette phrase me pousse à continuer. Il s’agit d’une expérience clé pour moi.

 

Par le biais de votre art, quelles idées défendez-vous ?

Comme le démontrent mes peintures, ce qui compte pour moi, c’est de regarder de tout près et d’apercevoir le monde tel qu’il est. Le philosophe Edmund Husserl a fondé au début du 20ème siècle la théorie de la phénoménologie. Selon cette théorie, il est possible d’acquérir des connaissances en regardant les choses, comme elles sont, de manière objective. Je m’identifie très bien avec ça. Je cherche ainsi des choses de ce monde, que je peins de manière complètement analogue, sans appareil photographique ou projection, et dans une échelle augmentée. Je regarde ensuite les images peintes de la même manière. Les images et la peinture m’occupent beaucoup plus longtemps et intensivement que les choses elles-mêmes.

Je veux aiguiser notre perception pour les petites choses du monde. Selon un principe de la philosophie orientale, les petites choses comportent l’essence de l’univers entier.

Le processus de création dure assez longtemps ; le temps est donc aussi un critère important et se manifeste dans la concentration de la matière picturale. Dans ma logique, je cherche à agir, de manière constructive, contre la masse d’images produite par les médias, et à ralentir.

 

Existe-il quelque chose que vous ne considérez pas digne d’être peint ?

Bien évidemment. Il n’existe en fait que peu de choses que je souhaiterais peindre. J’ai certains critères qui sont importants dans mon choix. Il peut s’agir de la structure d’une surface, la forme graphique d’un objet ou sa symbolique. Dans le meilleur des cas, ils sont tous réunis. Il n’est pas important pour moi si un objet est profane ou pas. Celui-ci est déjà dispensé dans l’image de sa fonction initiale juste par l’agrandissement énorme. Un rouleau de papier toilette devient donc dans la peinture une sorte de mandala artistique, une bouteille d’eau en plastique, une image abstraite grâce aux reflets de sa surface. Je vois d’abord l’objet comme un momentum esthétique : pour moi, il doit fonctionner en tant qu’image. Il est alors digne d’être peint.

 

Selon vous, où se situe le travail dans votre art ?

Chez moi, c’est assez simple : on le voit, on le sent quand on est devant mes peintures. Toutes les heures que j’ai investis à produire ces images se transmettent au spectateur grâce à l’extrême densité de la peinture. J’ai une vision très respectueuse du travail que j’ai appris au sein de ma famille. J’apprécie le bon artisanat. Je peux me tuer au travail sur une chose, j’aime bien le faire seul dans mon atelier. Le travail a pour moi un caractère monastique. Le travail témoigne du temps mais aussi, et je le souhaite, de l’intemporalité.


Avez-vous un artiste avec lequel vous vous sentez en correspondance ?

Mes peintures jouent avec l’illusion de la réalité ; les choses ressemblent à des objets qui dialoguent avec l’espace environnant. Je me vois parfois plus comme un sculpteur qu’un peintre. C’est aussi parce que les processus créatifs en atelier se ressemblent : je commence par une forme approximative et je la modifie au fur et à mesure, comme si je travaillais une pierre. Il existe beaucoup de peintures qui forment une unité fermée, limitée par leur cadre. Elles sont complètement autonomes de leur environnement. Je ne veux pas arriver à cela ! C’est pourquoi je ne me sens pas très proche de la peinture figurative, même s’il y a des processus semblables dans la production.

Lorsque je visite des expositions d’envergure, comme la Biennale de Venise ou la Dokumenta, je me réjouis de voir de la peinture, simplement parce qu’elle y est devenue si rare et parce que je la sens sous-représentée.

Dans la peinture, mon approche correspond avec celle des artistes qui ont travaillé d’une manière conceptuelle. On pourra citer, entre autres, Gerhard Richter, Franz Gertsch ou Chuck Close. Ces artistes n’ont pas seulement utilisé l’illusionnisme ou le réalisme comme un effet pur, mais l’ont aussi analysé. De manière générale, je considère qu’il est important qu’un artiste soit conscient de la forme et du contenu. C’est la raison pour laquelle j’apprécie également l’esthétique du minimalisme des années 60, dont ma tendance à la réduction formelle est très proche, ainsi que la sobriété du Readymade.

 

Que pensez-vous de la peinture contemporaine actuelle ?

Quand elle contient une certaine auto-analyse, je la trouve très passionnante. Lorsque que je me promène dans les galeries d’art berlinoises, je n’en vois pas beaucoup qui me plaisent ou que je trouve réellement intéressantes. J’en considère beaucoup comme étant provisoire. Apparemment, nous nous retrouvons ici dans un champ expérimental où les artistes peuvent encore se permettre de tester à l’infini des choses et, par principe, c’est quelque chose de bien. Malheureusement, beaucoup de travaux risquent d’être exposés inachevés ou sous-développés. Je suis surtout heureux quand une œuvre me surprend. Il existe vraiment de belles choses ainsi que des peintures gestuelles très bonnes, comme celles d’Adrian Ghenie ou Cecily Brown qui sont en même temps de bons artisans. J’aime regarder leurs peintures et j’observe avec plaisir la manière dont elles sont réalisées.

 

Selon vous, pourquoi l’Art est-il important dans nos vies ?

De mon point de vue, bien évidemment, parce qu’il nous donne la possibilité de ralentir. L’art nous incite à regarder en détail – en toute tranquillité !  La peinture engage une vision individuelle de la réalité et du monde. Elle contient en plus quelque chose d’artisanal – dans le sens propre et positif du terme, ce qui la rend physiquement concevable et saisissable ! Ceci est vrai, quand l’artiste produit ses œuvres lui-même et non, comme par exemple Jeff Koons, lorsqu’il les laisse produire. Pour ces œuvres, d’autres questions, plus conceptuelles, devraient être posées. Sinon, il s’agit d’une relativisation du medium peinture. La peinture semble n’être qu’un moyen pour atteindre des fins.

C’est intéressant du point de vue socio-phénoménologique mais cela m’énerve malgré tout. Je désirerais un peu plus de romantisme. Je ne veux pas qu’un tableau soit jugé uniquement en tant que produit.

L’image peinte témoigne directement de sa production : artisanale, parfois plus émotionnelle ou intuitive, d’autres fois plus rationnelle ou contrite, ou alors narrative, descriptive, etc. La peinture décrit une autre réalité qui, néanmoins, se crée à partir du monde réel. Toute image peut ainsi être tellement unique que dans son reflet, chaque spectateur peut devenir conscient de sa propre individualité et particularité. C’est fantastique !

 

   Sylvia Schneider

 

 

 

René Wirths ist ein deutscher Maler, der in Berlin lebt und arbeitet.

 

Was ist der Ursprung für Ihre Leidenschaft zur Kunst?

Ich komme aus einem recht kulturfremden Haushalt. In meiner Kindheit habe ich weder Museen noch Ausstellungen besucht. Aber in unserem Wohnzimmer hing komischerweise ein Leinwand-Druck von Picassos drei Musikanten. Diese Art von Abstraktion hat mich fasziniert und mich sehr früh geprägt. Mit der Zeit wurden immer mehr Dinge im Bild deutlich, wie der Hund, der hinter der Hauptkomposition hervorschaut. Ich habe mir das Bild quasi einverleibt; es war der Türöffner in eine andere Sphäre. Irgendwann habe ich mit dem Aktzeichnen angefangen. Zehn Jahre habe ich nur gezeichnet. Erst an der Kunsthochschule begann ich mit der Ölmalerei, die sich sofort richtig angefühlt hat.

 

Welches Ereignis hat Ihr Schaffen geprägt?

Das war ein sehr frühes Ereignis. Als ich mein Zeugnis aus der ersten Klasse erhalten habe, war darin der letzte Satz zu lesen: „Ein besonderes Lob verdienen seine stark farbig gemalten Bildern, die viel Fantasie erkennen lassen“. Das hat mich ungeheuer motiviert. Diese Anerkennung habe ich sehr genossen und den Satz habe ich immer wieder gelesen. Bei allen Rückschlägen, die es immer mal wieder gegebene hat und gibt, hat mich dieser Satz dazu getrieben weiter zu machen. Das war ganz klar das Schlüsselereignis.

 

Welches Anliegen verteidigen Sie in Ihrer Kunst?

Wie in meinen Bildern sehr gut zu sehen ist, geht es mir sehr stark um das genaue Hinsehen und die Wahrnehmung der Welt. Der Philosoph Edmund Husserl gründete zu Beginn des 20. Jahrhundert die Lehre der Phänomenologie. Man gelangt demnach Erkenntnis, wenn man die Dinge phänomenologisch, also so wie sie sind, völlig vorurteilsfrei betrachtet. Damit kann ich mich ganz gut identifizieren. Ich suche also Dinge aus dieser Welt und male sie sozusagen analog, ohne Fotovorlagen oder Projektionen und in stark vergrößertem Maßstab. Die gemalten Bilder betrachte ich dabei auf die gleiche Art und Weise. Ich beschäftige mich viel länger und intensiver mit den Bildern und der Malerei als mit den Dingen. Und doch geht es mir darum, unsere Wahrnehmung zu schärfen für die kleinen Dinge dieser Welt. In fernöstlichen Philosophien gibt es den Leitsatz, dass in den kleinsten Dingen bereits die Essenz des gesamten Universum enthalten ist. Der Faktor Zeit spielt ebenfalls eine große Rolle, denn die Entstehungsprozesse dauern sehr lange, was sich wiederum in der Dichte des Farbauftrages manifestiert. Ein Anliegen ist es mir, konstruktiv der Flut schnell produzierter Medienbilder entgegenzuwirken und zu entschleunigen.

 

Gibt es etwas, das Sie nicht als bildwürdig empfinden?

Ganz sicher. Eigentlich gibt es nur recht wenige Dinge, die ich wirklich malen will. Ich habe bestimmte Maßstäbe, die bei der Auswahl relevant sind. Das kann die Struktur einer Oberfläche sein, die grafische Form eines Gegenstandes oder dessen Symbolik. Im besten Fall kommt alles zusammen. Es spielt für mich dabei keine Rolle ob ein Gegenstand profan ist oder nicht. Im Bild wird dieser schon aufgrund der enormen Vergrößerung von seiner eigentlichen Bedeutung entbunden. Eine Klopapierrolle im Bild wird da zu einer Art Mandala, eine Plastik-Wasserflasche aufgrund der verspielten Oberflächenspiegelungen zu einem abstrakten Bild. Ich sehe den Gegenstand erst einmal als ästhetisches Momentum: er muss für mich als Bild funktionieren. Dann ist er es wert gemalt zu werden.

 

Wo liegt die Arbeit in Ihrer Kunst?

Bei mir ist das ziemlich einfach: Man sieht es, man spürt es wenn man vor meinen Bildern steht. Die vielen Stunden, die ich in ein Bild investiere, die vermitteln sich unmittelbar dem Betrachter über die enorme malerische Dichte. Ich habe einen großen Arbeitsethos, den ich von meiner Familie mitbekommen habe. Ich bin ein Freund guten Handwerks und kann mich an einer Sache abarbeiten. Das mache ich gerne alleine in meinem Atelier. Das Arbeiten hat für mich einen klösterlichen Charakter. Arbeit dokumentiert Zeit, oder, was ich mir wünsche, auch Zeitlosigkeit.

 

Welchen Stilrichtungen fühlen Sie sich nahe?

Meine Bilder spielen  mit der Illusion der Wirklichkeit. Die Dinge in den Bildern wirken fast schon wieder wie Gegenstände in den Raum hinein. Ich empfinde mich angesichts dessen manchmal eher wie ein Bildhauer als wie ein Maler. Auch weil die Prozesse im Atelier so sind: Ich fange recht grob an und werde immer feiner, als würde ich einen Stein bearbeiten. Es gibt viele Bilder, die in ihrem Rahmen abgeschlossene Einheiten bilden, die nach innen , völlig autonom von der sie umgebenden Welt, wirken. Das will ich nicht! Deswegen fühle ich mich der figurativen und gegenständlichen Malerei oft gar nicht besonders nahe, wenn die Prozesse im Atelier sonst auch ähnlich sein mögen.

Wenn ich große Ausstellungen wie die Biennale oder die Dokumenta besuche, dann freue ich mich, wenn ich Malerei sehe, schlicht weil sie dort so selten geworden ist und ich sie auch als unterrepräsentiert empfinde.

Innerhalb der Malerei korrespondiert meine Herangehensweise mit denjenigen, die eher konzeptuell gearbeitet haben. Dazu zählen beispielsweise Gerhard Richter, Franz Gertsch oder Chuck Close. Diese Künstler haben ihre Form des Illusionismus oder des Realismus nicht nur als Effekt behandelt, sondern auch analysiert. Generell finde ich es wichtig, wenn Bewusstsein über Form und Inhalt vorhanden ist. Deshalb schätze ich auch die Ästhetik des Minimalismus der 60er Jahre, der ich mich in meiner Tendenz zur formalen Reduktion sehr nahe fühle, ebenso wie die Schlichtheit des Readymades.

 

Was halten Sie von der aktuellen zeitgenössischen Malerei?

Dort, wo sie eine gewisse Selbstanalyse beinhaltet, finde ich sie sehr spannend. Wenn ich so durch die Berliner Galerien gehe, dann sehe ich allerdings nicht vieles, das ich wirklich interessant finde. Vieles empfinde ich als provisorisch. Wir befinden uns hier offenbar in einem Experimentierfeld, in dem sich die Künstler das ewige Ausprobieren immer noch leisten können und das ist auch grundsätzlich gut so. Leider wird deswegen aber vieles unfertig und unterentwickelt gezeigt. Ich freue mich aber, wenn ich begeistert werde. Es gibt wirklich tolle Sachen und auch sehr gute gestische Malerei, wie Adrian Ghenie oder Cecily Brown, die auch sehr gute Handwerker sind. Deren Bilder sehe ich auch gerne an und schaue mit Genuss, wie sie gemacht sind.

 

Warum ist die Malerei in unserer Gesellschaft wichtig ?

Aus meiner Sicht natürlich, weil sie uns die Chance zur Entschleunigung bietet. Weil man zum genauen Hinschauen ermuntert wird, in aller Stille! Weil sie eine eigene und individuelle Sicht auf Wirklichkeit und Welt propagieren kann auch, weil etwas Handwerkliches darin enthalten ist – im wahrsten und positiven Sinne des Wortes: das macht sie so physisch erlebbar und nachvollziehbar! Das gilt zumindest, wenn der Künstler seine Arbeiten selbst herstellt und nicht, wie zum Beispiel Jeff Koons, produzieren lässt. Die sind folgen natürlich auch ästhetischen Gesichtspunkten, aber für mich sind hier andere, konzeptionelle, Fragen vordergründiger. Hier findet eine Relativierung des Mediums statt. Die Malerei wird zum Mittel zum Zweck. Sie wird ausschließlich aus der Sicht der Vermarktbarkeit analysiert.  Das ist gesellschaftsphänomenologisch durchaus interessant, aber es ärgert mich dennoch. Da wünsche ich mir ein bisschen mehr Romantik. Ich will das gemalte Bild nicht nur als ein Produkt betrachtet wissen.

Das gemalte Bild ist sehr unmittelbar ein Zeugnis seiner Prozesse: handwerklich, mal eher emotional und intuitiv, mal eher rational und konstruiert, mal erzählerisch, mal beschreibend und und und. Die Malerei beschreibt eine andere Realität, die doch aus dieser Welt heraus entsteht. Jedes Bild kann so einmalig sein, dass sich im Spiegel dessen der Betrachter seiner eigenen Individualität und Einzigartigkeit bewußt werden kann.

Das ist doch etwas ganz Großartiges!

 

Sylvia Schneider