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PASCAL HAUDRESSY

Né à Paris en 1968, Pascal Haudressy est un artiste plasticien français qui vit et travaille à Paris. Après dix années passées à l’UNESCO en tant que responsable de projets culturels, il décide de se consacrer entièrement à son travail artistique personnel, réalisant ses premières œuvres en 2005. Ses sculptures, installations et vidéos font appel à une technologie parfaitement maîtrisée déployée dans une vertigineuse ubiquité. Mais cet appareillage sophistiqué n'est pas une fin en soi, il est le serviteur zélé d'une créativité foisonnante.

Unissant le vide et le plein, exprimant, pour la dépasser « la dimension antithétique des contraires », l’artiste crée des espaces de rencontre et de dialogue entre différents médiums (architecture, peinture, sculpture, vidéos, etc) jusqu’alors inexplorés.

Il révèle un monde à la fois familier et incongru où le vivant pulsatile, s'unit à l'abstraction fractale, où d'étranges pièces anatomiques se meuvent dans une géométrie non euclidienne. Il nous conduit aux limbes de la perception objective, aux rivages de la raison où s'infléchit et se perd la rationalité et s'ouvre une réalité onirique qui ne serait pas feinte.

L’esthétique de son travail se fonde sur une symbolique, et sous tend un questionnement existentiel sur le devenir de l’homme et les défis de notre Temps : réconcilier activités humaines et naturelles, visible et invisible, réalité et virtuel. Les mutations du réel et la pluralité des expériences (virus, clonage, nanotechnologies, robotique et réalité virtuelle) qui en découlent constituent le point essentiel de la réflexion et de la pratique artistique novatrice de Pascal Haudressy.

Par Fanny Revault


Dans le passé, vous étiez journaliste à l’UNESCO. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous consacrer ensuite à votre travail artistique ? D'ou vous vient cet intérêt pour l'art ?

Je ne sais pas si on peut parler d’un moment précis. Je ne dissocie pas vraiment l’art et les autres événements de la vie, les autres paramètres. Pour moi, la pratique artistique est vraiment un point d’incarnation d’un faisceau de désir ou de facteurs plus larges que l’art, mais qui s’incarnent dans cette pratique.

Quelle est votre démarche artistique ?

Ce qui m’intéresse, ce sont les jonctions, dans cette série notamment, entre dessin, sculpture, peinture et vidéo. Néanmoins, en terme de pourcentage, la vidéo représente une partie moindre. J’aime investir ces espaces qui ont été laissés en friche et les dialogues possibles entre ces différents médias. Il ne s’agit pas de superposition ou de collage, mais plutôt d’une émulsion dont le but est de trouver un lien fort, intrinsèque dans ces espaces de rencontre et dans ces différentes pratiques.

En quoi votre art qui allie différents mediums reflète t-il notre temps ?

C’est une évidence. Les artistes essaient de parler de leur temps, de ce qui caractérise l’époque dans laquelle ils vivent. Ce qui me fascine dans cette temporalité est cette idée de réconciliation, de dépassement des opposés dans leur dimension antithétique. Schématiquement, un opposé annihile l’autre, il y a comme une équation mathématique qui nous ferait arriver à zéro, une thèse et une antithèse qui dialoguent pour finalement s’annihiler. Notre monde s’est construit sur cette action, ce couple thèse / anti-thèse concernant les opposés.

Il me semble qu’aujourd’hui, l’un des points saillants de notre époque est le dépassement de cette dimension antithétique. Le matériel dialogue avec l’immatériel, nous sommes plutôt aujourd’hui sur des recherches de champs existant entre ces opposés. Je vois que vous avez un téléphone, c’est un exemple un peu trivial mais c’est à la fois un objet matériel, incarné, relié à des ondes. En même temps, il donne accès à des mondes d’informations extrêmement vastes, quasi infinis à l’échelle d’une vie d’homme. L’un des défis majeurs de cette thématique est de réconcilier environnement et nature. Il y a différents acteurs dans ces espaces mais il n’y a pas de hiérarchie entre eux. Il est vrai que le fonctionnement de notre monde est très lié à cette idée de hiérarchie, d’une verticalisation du pouvoir, de la connaissance. Cela est visible dans le système scolaire classique, entre le maître d’école et l’élève. Aujourd’hui, je pense que notre système est davantage horizontal. La société n’a pas encore tout à fait changé, mais cela est en cours.

L’idée du dépassement de cette hiérarchie se retrouve t-elle dans votre dernière série ?

Dans cette série, ce qui m’intéressait était l’idée d’espace sans hiérarchie. Dans les symboles de l’architecture haussmannienne à Paris, nous avons cette idée de conquête, il s’agit de symbole d’hommes ou de femmes casqués, d’épées…

Nous sommes dans un discours presque militaire dans la conquête de l’espace aussi. Est-ce qu’il s’agit d’une lutte contre la nature ? Les espaces ici proposés échappent à cette logique de hiérarchie et de dominant / dominé.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Je me méfie un peu de cette notion de source d’inspiration artistique à cause de l’idée de transformation. Il y a ce qui inspire, ensuite vient la transformation par le regard que l’artiste porte sur un objet ou sur un évènement. Cela me semble trop compliqué, je préfère avoir un rapport plus neutre aux sources d’inspiration et qu’elles subissent le moins de transformations possible. C’est plutôt cela que je trouve inspirant car le système d’appropriation fonctionne mieux pour moi. La rencontre avec une source d’inspiration, même si elle est musicale, sonore… contient tout de même cette idée de silence et de temporalité que l’on peut établir dans le rapport à cette source d’inspiration.

Selon-vous, pourquoi l’art est-il important dans nos vies ?

Parce que l’art éclaire l’invisible, au même titre que la science ou la littérature. C’est une forme de réponse qui engendre peut-être plus de questions. Nous répondons à quelque chose, à une question tout en nous en posant beaucoup d’autres …

Fanny Revault