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MIGUEL CHEVALIER

Né en 1959 à Mexico, Miguel Chevalier, pionnier de l'art digital, vit et travaille à Paris.

Depuis 1978, Miguel Chevalier utilise l’informatique comme moyen d’expression dans le champ des arts plastiques. Il s’est imposé internationalement comme l’un des pionniers de l’art virtuel et du numérique.

Son oeuvre, expérimentale et pluridisciplinaire, prend ses sources dans l’histoire de l’art dont il reformule les données essentielles. Son travail aborde la question de l’immatérialité dans l’art, ainsi que les logiques induites par l’ordinateur, tels que l’hybridation, la générativité, l’interactivité, la mise en réseau. Il développe différentes thématiques, telles que la relation entre nature et artifice, l’observation des flux et des réseaux qui organisent nos sociétés contemporaines, l'imaginaire de l'architecture et des villes virtuelles, la transposition de motifs issus de l'art islamique dans le monde numérique. Les images qu'ils nous livrent interrogent perpétuellement notre relation au monde.

Miguel Chevalier réalise de nombreuses expositions dans des musées, centres d’art et galeries dans le monde entier. Il réalise également des projets dans l’espace public et architectural. Rencontre avec l'artiste, dans le cadre de l'exposition Artistes & Robots dont il est le directeur artistique.

Par Fanny Revault


Quel est votre parcours ?

J’utilise les technologies numériques depuis la fin des années 1970 pour explorer ce territoire qui, à l’époque, était plutôt vierge. Cependant, il reste encore beaucoup à faire .. Au fond, cela me permettait d’explorer un nouveau champ des possibles puisque l’on s’aperçoit qu'à chaque époque, les artistes utilisent les moyens de leurs temps. Après les avant-gardes du XXème siècle qui ont été jusqu’à détruire la peinture avec le minimalisme. Plutôt que de reprendre ce médium et dire moins bien ce que d’autres ont raconté de façon magistrale, j’ai voulu explorer ces outils ... Non pas pour en faire leur apologie, mais pour montrer que nous pouvions développer une écriture à part entière et créer univers émotionnels ; au même titre que la peinture, la photographie et la vidéo.

Vous êtes le directeur artistique d'Artistes et Robots au Grand Palais.
Pouvez-vous revenir sur la genèse de cette exposition ? 

J’ai participé à l’origine de cette exposition. Des festivals d’arts numériques ont régulièrement lieu mais, à chaque fois, nous sommes cantonnés à un microcosme de spécialistes. Jérôme Neutres, en revanche, avait cet esprit d’ouverture, ici au Grand Palais, en ayant présenté des artistes vivants comme Bill Viola autour de la vidéo, Dynamo et l’art cinétique… et des photographes, etc. Je lui ai dit qu’il pourrait être intéressant de convoquer des artistes utilisant l’univers algorithmique, des œuvres génératives, interactives ou encore développer des robots qui peignent…

Le projet a mûri pendant quatre ans. Nous l’avons travaillé, affiné, puis Laurence Bertrand Dorléac a historicisé cette création contemporaine. L’idée de l’exposition est de montrer comment cet art prend racines dès les années 1950.  Elle ouvre sur la contemporanéité que l’on connaît, diverse et composée d’artistes français et internationaux. Cette exposition montre cette diversité des possibles notamment par la générativité des œuvres qui ne tournent plus en boucle mais qui se transforment dans le rapport au temps, et enfin la notion d'immersion comme dans l’œuvre de Peter Kogler.

Pouvez-vous nous présenter votre œuvre Extra Natural ?

J’ai présenté cette œuvre dans la partie algorithmique de cette exposition. Pour composer ce jardin Extra Natural, j’ai créé des graines virtuelles qui sont comme un herbier composé d’environ cent graines. J’ai créé une bibliothèque de formes que l’ordinateur manipule à l’infini. À l’image d’un paysagiste, je peux composer à partir de cet herbier un jardin de lumière. L’originalité est qu’il ne s’agit pas d’une vidéo en boucle mais d’une œuvre qui évolue avec le temps. Si l’on revient dans deux heures, demain ou dans dix jours, nous verrons des variations dans la composition. Ce qui fait aussi sa particularité est que cette œuvre est interactive. Des capteurs détectent la présence et les mouvements de visiteurs qui peuvent devenir acteur. Selon le déplacement de leur corps, les plantes se courbes à droite où à gauche.

Selon vous, quel est l’avenir de l’art digital ?

Cette exposition est importante car elle exprime une antériorité, une historicité. C’est évidemment un art très jeune qui nécessite, comme tout art, de grandir. Mais aujourd’hui, l’ordinateur est omniprésent autour de nous et de plus en plus d’artistes dans le monde commencent à développer des logiciels, à explorer les potentialités de ces technologies. C’est un art extrêmement vaste car il y a cette possibilité de créer des œuvres virtuelles, immersives, mais aussi des œuvres que j’appellerais « post virtuelle », comme celle avec les imprimantes 3D de Hansmeyer. Nous sommes entre matérialité et virtualité. C’est ce mouvement entre les possibles du réel et du virtuel qui fait la richesse de cet outil ; et qui ouvre sur l’intelligence artificielle, présentée par quelques œuvres de l’exposition. Cela pose des questions, sur ce que peut-être le transhumanisme. C’est d’ailleurs une question inquiétante, mais je pense que les technologies numériques sont un médium si vaste que ça sera certainement l’art du XXIème siècle.


Fanny Revault