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MATHIEU TEMPLON

La Galerie Templon a ouvert une antenne à Bruxelles en 2013. Mathieu Templon, deuxième génération, la dirige depuis 2015. Habité par un désir d’innovation, ce jeune galeriste reste fidèle au programme de la grande galerie parisienne tout en y introduisant de la nouveauté.

Mathieu Templon nous confie sa vision résolument moderne du métier de galeriste d’aujourd’hui, en connivence avec les évolutions de notre époque et nous livre son regard sur l’évolution du marché de l’art contemporain où la concurrence se fait de plus en plus rude. Entretien avec un jeune galeriste déterminé, tourné vers un futur optimiste.

Par Fanny Revault

 

Pourquoi avez-vous choisi le métier de galeriste ?

C’était presque une vocation. Je suis tombé dedans tout petit. Mon père a ouvert la galerie en 1966 et m’a toujours fait partager sa passion. Il m’a amené depuis mon plus jeune âge partout dans le monde. J’ai eu la chance de pouvoir visiter musées, galeries et ateliers d’artistes toute ma vie. J’ai toujours pensé, au fond de moi, que c’est ce métier que j’avais envie de faire. Cela m’a semblé assez naturel le moment venu de rejoindre la galerie.

La galerie templon, parisienne, a ouvert un espace à Bruxelles en 2013, dont vous êtes le directeur depuis quatre ans. Pourquoi avoir ouvert une antenne dans cette ville ?

J’ai passé quelques années aux États-Unis où j’ai travaillé pour la galerie Sean Kelly. Pendant que je vivais là-bas, Daniel a décidé d’ouvrir une galerie à Bruxelles. Nous n’avions presque aucun de nos artistes représentés là-bas à l’époque. La Belgique est pourtant une vraie terre de collectionneurs. Depuis des siècles, ils soutiennent la production nationale, ce qui explique en partie le succès des grands peintres flamands. Mais, il y a également, et ce depuis le début des années 1970, énormément de très grands collectionneurs flamands qui sont arrivés en même temps que l’émergence d’une nouvelle génération d’industriels. Ces collectionneurs sont peut-être un peu moins conservateurs, je dirais, que les français. Ils ont une vraie envie de découverte et n’hésitent pas à voyager, à chercher de la nouveauté, de jeunes artistes...

Inscrivez-vous la ligne de Bruxelles dans la continuité du programme de Paris ?

L’idée, quand j’ai rejoint Bruxelles, était de continuer à défendre le programme de Paris tout en introduisant un peu de nouveauté. Chaque année, j’organise une nouvelle exposition à Bruxelles avec un nouvel artiste, plus jeune, plus proche de moi et souvent de ma génération. Je pense que cette ville est un bon endroit pour rajeunir le programme de Paris. Cela se fait par la recherche de nouveaux artistes qui tendent à être ensuite exposés à Paris, comme cela fut le cas pour Omar Ba. L’exposition que vous pouvez voir actuellement à la galerie est de Prune Nourry, une jeune artiste de 34 ans et qui, elle aussi, a commencé par la galerie de Bruxelles. J’essaie aussi d’utiliser l’espace un peu différemment, de faire plus de group show avec des thèmes différents et aussi, de proposer aux artistes d’investir l’espace autrement. On a un espace magnifique à Bruxelles, les artistes s’y sentent bien et j’aime proposer des expositions où les artistes ont carte blanche.

Avez-vous un exemple ?

Pour ma dernière exposition, j’ai proposé à cinq jeunes artistes de la galerie nés dans les années 1970 de venir faire une exposition de dessin ou chacun aurait un à deux murs pour créer autour de ces œuvres.

Quelle ligne artistique suivez-vous ?

La plupart des galeries internationales sont plutôt des galeries généralistes. On montre tout aussi bien de la peinture, figurative ou abstraite, que de la sculpture, de la vidéo, des installations… Je pense qu’aujourd’hui, s’il y a une ligne dans les galeries ça serait l’idée d’un certain bon goût.

Comment sélectionnez-vous les artistes ?

Nous avons la chance de voyager énormément, ce qui nous permet de voir beaucoup de nouveaux artistes. Parfois, les galeries et les musées sont une source d’inspiration pour nous et l’idée est d’en voir le plus possible, même si on ne peut jamais tout voir. À Partir de là, on commence à repérer des artistes qui nous plaisent, qui nous intéressent et nous suivons leur évolution sur une certaine période de temps, puis nous les rencontrons pour parfois proposer une collaboration qui peut se faire au début, soit par un group show, soit, si nous sommes vraiment sûrs de l’envie de collaborer, directement par une exposition. C’est ce que j’ai tendance à faire avec Bruxelles aujourd’hui.

Quelle relation entretenez-vous avec votre père ?

J’ai découvert l’art à travers ses yeux et ses voyages, je pense donc qu’il y a une forme de goût commun. Mais les goûts s’affinent et changent. Il m’a transmis l’envie de faire ce métier. Nous échangeons ensemble quotidiennement. Même si nous sommes séparés par un certain nombre de kilomètres, on passe beaucoup de temps à réfléchir ensemble, à discuter des artistes, des expositions et des futurs projets. Même si mon goût diverge, j’ai cette envie, comme lui, de défendre une certaine idée de l’art, de défendre la création française et un certain goût pour la peinture.

Comment le métier de galeriste doit-il évoluer face aux nouvelles technologies ?

On en parle beaucoup. Elles ont révolutionné la plupart des industries. Le marché de l’art est encore un des derniers à faire de la résistance. Tout le monde essaie, depuis des années, de trouver une façon de 'digitaliser' le marché. Personne n’a encore trouvé le moyen de le faire. Certaines initiatives marchent plus ou moins bien. Certains sites sont des références, comme https://www.artnet.fr. D’autres plateformes de vente en ligne marchent plus ou moins bien. Beaucoup sont, pour nous, un vrai outil. On va pouvoir y mettre la liste de nos artistes, des photos d’expositions, une sélection d’œuvres disponibles de certains artistes ... Ces sites vont nous servir de vitrine. Ensuite, il y a Instagram qui est un outil extraordinaire. Il est même possible, parfois, d’aboutir à des ventes grâce aux réseaux sociaux.

En revanche, lorsqu’on me dit que le métier de galeriste est un métier du passé et que la révolution internet va, comme dans les autres secteurs, tuer les galeries, je ne pense pas que ce soit vrai. Je pense que les artistes sont avant tout des créateurs et doivent le rester. Ils ont besoin de quelqu’un pour les accompagner. En tant que galeriste, nous ne sommes pas seulement marchands et avons, en réalité, une dizaine de métiers différents.

On vend, cela est nécessaire, mais nous sommes aussi les exposants de ces artistes, parfois producteurs de leurs œuvres, parfois éditeurs de leurs publications. Nous gérons leurs relations avec la presse, avec les institutions et on essaie d’organiser des expositions dans d’autres galeries et musées du monde entier, et plein d’autres choses encore.

Je ne pense pas que le fait qu’une plateforme puisse mettre des œuvres en ligne vienne bouleverser ce modèle. Et je pense que la relation artiste-galeriste a encore de beaux jours devant elle. Et si certains collectionneurs commencent à acheter de plus en plus en ligne, il y a encore un besoin de voir, presque de toucher une œuvre et le contact humain qui va avec est aussi nécessaire aujourd’hui.

Quel regard portez-vous sur le marché de l’art contemporain globalisé et financiarisé ?

Aujourd’hui, la concurrence est de plus en plus rude. Je pense que nous sommes passés d’un marché de l’art avec un tout petit nombre d’acteurs où tout le monde se connaissait et vivait un peu ensemble, à un marché de l’art globalisé, dominé par certaines grandes multinationales de l’art. Il y a cinq galeries qui culminent. Et ensuite une multitude de galeries un peu partout dans le monde, puis la domination de quelques grosses maisons de vente. Voilà le modèle dans lequel nous sommes aujourd’hui. Ce n’était pas le cas il y a encore vingt ans.

Dans ce contexte, la participation aux foires est-elle devenue indispensable ?

Aujourd’hui, une galerie a besoin d’avoir une vraie présence internationale. On ne peut plus se permettre de rester chez nous. Il faut aller à la conquête de nouveaux marchés, à la rencontre de nouveaux collectionneurs. On le fait beaucoup grâce aux foires qui, aujourd’hui, représentent pour une grande galerie plus de la moitié du chiffre d’affaire.

Comment envisagez-vous le futur de la galerie Templon ?

La galerie Templon existe depuis 54 ans. C’est Daniel Templon qui l’a fait vivre depuis aussi longtemps en ne cessant de se renouveler, de montrer de nouveaux artistes et des créations totalement différentes. Je pense que dans le futur, nous allons continuer à montrer cette diversité. Daniel continue de présenter et chercher de nouveaux artistes. Je continue aussi de mon côté, mais toujours en accord avec lui, à trouver de nouveaux talents et à les présenter à Bruxelles et à Paris. Nous allons également continuer d’être présent à l’international à travers les foires, et puis, pourquoi pas, à travers l’ouverture, dans un autre pays, d’une nouvelle galerie dans quelques années.