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CATHERINE STARKMAN

Par Fanny Revault

Catherine Starkman peint dans une liberté d’expression infinie… Son œuvre dévoile un langage artistique singulier façonné par une sensibilité accrue sur le monde qui l’entoure. La simplicité et la beauté des formes, la recherche vibrante sur la couleur soulignent l’acuité de son regard artistique. Entretien avec une artiste heureuse et passionnée.

Pourquoi la peinture ? 

J’ai commencé la peinture très jeune. Mon père qui peignait à ses moments de loisir m’a offert une « boîte de couleurs » quand j’avais trois ans et peindre a été immédiatement un total envoûtement. Il est mort peu de temps après et j’ai continué seule, chez moi, puis dans des classes d’art. Mon infini chagrin lié à sa disparition s’évaporait, je m’évadais dans un monde irréel. C’était une respiration hors du temps. La peinture représente mon passé, mon présent, mon imaginaire. Ce qu’apporte la peinture est intense, une liberté illimitée de s’exprimer, de marier la réflexion et l’émotion au geste.

La peinture est un monologue, un langage particulier et universel comme celui de la musique ou de l’écriture. C’est une recherche dans un monde à part, une expérience chaque jour unique, un dédale émotionnel qui devient une conversation avec le spectateur qui va la ressentir et la traduire avec son propre vocabulaire, ses différences, ses convictions, sa personnalité.

J’offre au regard des gens que je ne connais pas mes secrets les plus profonds.

Vous avez commencé votre carrière artistique en exerçant le métier de photographe. Le médium de la photographie a t-il enrichi votre approche de la peinture ?

En effet, je me suis dirigée professionnellement vers l’âge de dix-huit ans tout d’abord vers la photographie de rue. Les sensations liées à l’instant magique où l’on capture ce millième de seconde qui va le transformer en un moment éternel sont dignes d’un thriller. Je pense que la prise de vue, le cadrage et la lumière sont les trois éléments qui ont influencé ma façon de positionner les personnages dans un tableau.

Votre œuvre dégage une certaine liberté et sensibilité aux couleurs. Que cherchez-vous à exprimer à travers la couleur ?

La première fois que la couleur m’a impressionné, c’est en regardant un Matisse dans un musée. J’étais sans voix, emportée par la puissance des couleurs et je souhaiterais partager ce genre d’émotions. La couleur exprime ma sensibilité et la peinture me permet de l’utiliser comme un langage universel qui illustre la passion, la beauté, l’ennui, la tristesse, la déception, la colère, l’harmonie, le plaisir, le bien être, l’extase, la provocation, la sagesse, l’amour, la séduction, la sensualité, la sexualité, le masculin, le féminin, le rêve, l’injustice, la guerre, les cris intérieurs…

La figuration a une place importante dans votre peinture. Vos personnages ont une forte présence. Recherchez-vous une harmonie entre abstraction et figuration ? 

Oui, en fait c’est un équilibre naturel de passer de l’un à l’autre car ce sont des énergies et des démarches différentes et qui se complètent. C’est un peu comme le fait d’avoir du masculin et du féminin en soi. L’abstrait est un monde mystérieux, sourd et puissant. C’est une architecture mathématique de couleurs et de formes qui se collent les unes aux autres, c’est un dialogue avec la matière, la lumière et la couleur, tandis que la figuration évoque une histoire, raconte la présence de « l’humain », donne vie à des silhouettes et des portraits.

Vous semblez privilégier les grands formats. Pourquoi ce choix ? 

Je travaille sur différents formats, mais il est vrai que j’ai une faiblesse pour les très grands formats, pour la liberté de geste au départ. Un grand format est enveloppant, il permet de s’abandonner et de se laisser envahir. Au final, sa présence est plus impressionnante. Je peux me sentir étriquée si je travaille sur un petit format comme porter un vêtement trop petit et c’est frustrant d’être limitée. En même temps, un petit format exige d’aller à l’essentiel.

Vous dites que « Peindre, c’est un combat et en même temps une douceur extrême »… 

En fait, un tableau est une véritable aventure, et pendant son exécution, il faut passer par des épreuves ou au contraire se laisser porter par la grâce. Il y a des moments où il faut véritablement lutter pour obtenir ce que l’on cherche, où on perd pied, où c’est obscur et douloureux. Et puis il existe des moments où le tableau est d’une facilité désarmante. En général, ce sont des tableaux qui fonctionnent comme ça dès le premier coup de pinceau et on ressent un bonheur diffus, une forme de satisfaction, de félicité, d’équilibre d’harmonie. Il est impossible de savoir à l’avance comment cela va se passer. C’est un peu comme une relation amoureuse.

À quel moment s’opère en vous la magie, l’instant de création lorsque vous réalisez une peinture ?

Je dirais que c’est lorsque je suis si intensément absorbée par mon tableau que je ne ressens plus mon corps ou mon cerveau et que je disparais complètement sous son emprise. Et je ne m’en rends compte que lorsque je refais surface.

Pour vous, qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? 

C’est un coup de foudre avec une œuvre d’art qui nous marquera à vie, la perfection totalement subjective qui nous comble aussi bien dans l’esthétique que dans l’émotion, la représentation et le concept.

Selon vous, pourquoi l’art est-il important dans nos vies ? 

L’art apporte un goût différent de la vie. Il transforme la réalité ou l’exacerbe, il invente, révèle, transporte, provoque, émeut, révolte, dénonce, interroge, enseigne, dialogue, réconforte, communique, trouble, amuse, explique, illustre. C’est la beauté, la laideur, l’amour, l’imaginaire, le rêve, le voyage, l’histoire, la politique. C’est la marque de notre passage sur terre. C’est l’autre dans tous les domaines. C’est un moyen de mieux se connaître, de se retrouver, de se dépasser, de s’ouvrir.

Un mot sur votre dernière exposition ? 

J’ai l’extrême plaisir d’avoir trois expositions en ce moment. Chacune dans des répertoires différents.
La première se trouve à la Galerie Yoshii, avenue Matignon à Paris jusqu’au 13 Juillet. Mr Yoshii a choisi de montrer mes tableaux abstraits. Je présente une quinzaine d’œuvres dans une installation d’une grande beauté.
La deuxième s’appelle « Roman photo », une exposition dont je fais partie et qui retrace l’histoire du Roman photo, de ses débuts jusqu’à nos jours. J’ai, en effet, été la photographe de Coluche pour le Roman photo Les pauvres sont des cons qu’il avait créé et qui paraissait toutes les semaines dans Charlie Hebdo. Cette exposition, initialement présentée au Mucem à Marseille par Marie Charlotte Calafat et Frédérique Deschamps, vient de commencer désormais au Musée de la photographie à Charleroi, en Belgique.
Enfin, la troisième se trouve à Aix-en-Provence dans le magnifique Centre d’art, Gallifet où Nicolas Mazet et Kate Davis exposent mes œuvres d’inspiration africaine jusqu’au 30 Septembre. Excepté un grand tableau à l’huile de 1999, ce sont mes derniers grands portraits et silhouettes sur papier.

Donc je suis comblée.