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Baudelaire

Charles Baudelaire (1821-1867), Critique littéraire d’art

Avant d’être l’auteur des Fleurs du Mal, le traducteur des nouvelles d’Edgar Allan Poe ou le défenseur de Richard Wagner, Charles Baudelaire se fait connaître par son activité de critique d’art.  

 

Dans une France tourmentée où la liberté d’expression est de plus en plus étouffée, la critique journalistique est là pour orienter le goût de la nouvelle classe dominante. Impressionné par la publication du Salon de 1759 de Diderot par L’Artiste en mars 1845, Baudelaire rédige son premier Salon la même année, selon la tradition classique par genre et par artiste mais il veut du neuf ! Il se fait le chantre de la modernité dans l’art.
Décrétant que la critique doit être avant tout amusante, poétique, partiale, passionnée et politique,  il rejette la présentation académique des Salons pour privilégier la réflexion sur la production artistique moderne.
Pendant deux décennies, sa plume cinglante et lyrique dénonce les comportements des bourgeois et des artistes qu’il qualifie d’« enfants gâtés » qui ne savant pas lire. Il devient un fervent partisan de la caricature condamnée par les politiques. Attentif aux nouvelles modes, il encourage la renaissance de l’eau-forte. Il critique l’engouement pour la photographie qui n’est pas de l’art mais une technologie formidable au service de l’art. La photographie nuit à l’imagination or l’imagination est la reine des facultés. « C’est un bonheur de rêver! » , proclame-t-il.

 

Pour Baudelaire, la modernité s’incarne avant tout dans le romantisme. « Qui dit romantisme, dit art moderne, c’est-à-dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l’infini, exprimée par tous les moyens que contiennent les arts ». « Le romantisme n’est précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte mais dans la manière de sentir ».

 

En s’éloignant du classicisme qui prônait un art moral et du réalisme naissant, Baudelaire défend un art  prônant le beau. C’est ainsi qu’il rédige un éloge sur le maquillage, observant « que l’artifice n’embellit pas la laideur et ne pouvait servir que la beauté. Qui oserait assigner à l’art la fonction stérile d’imiter la nature ? ».
Au Panthéon des artistes, Baudelaire place Delacroix, ce héros moderne qui bénéficie de sa part de discours dithyrambiques, couronnés par un éloge panégyrique prononcé à Bruxelles en 1864. 

 

Le Beau n’est pas forcément lié à la Joie selon le poète empreint de mélancolie. « Le plus parfait type de Beauté virile est Satan ». Il pousse sa réflexion plus loin encore en étudiant la caricature qui l’amène à conclure que l’essence du rire est satanique. Il reconnaît ainsi en Daumier le digne représentant ce nouvel art reconnu comme tel et l’un des plus grands maîtres de l’art moderne.
Manet et Courbet méritent l’appréciation du critique bien que leurs oeuvres soient réalistes. Baudelaire voit en elles de l’art désintéressé. 
La plume acerbe et provocatrice de Baudelaire a marqué l’histoire de l’art et sert de référence pour les critiques comme les artistes, si bien qu’à peine un demi-siècle après sa disparition, Apollinaire sera comparé à l’écrivain et Henri Matisse lui rendra hommage en reprenant un vers de son poème Invitation au Voyage : Luxe, calme et volupté, comme titre de sa peinture de baigneuses dans le Midi (1904).

 

Anne-Elisabeth Heurtaux