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Apollinaire

Sous le Pont MirabeauAlcools, « calligrammes », le portrait prémonitoire de De Chirico, tels sont les premiers clichés qui viennent à l’esprit quand le nom de Guillaume Apollinaire est prononcé. Ils reflètent certes la personnalité originale de cet écrivain qui était cependant bien plus qu’un poète.
D’origine polonaise et de nationalité russe, Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky, naît en Italie en 1880. Surnommé par sa mère Wilhelm, il opte pour un pseudonyme dès le début de sa carrière et se fait appeler par ses deux prénoms francisés: Guillaume Apollinaire, comme une référence au dieu de la lumière, de la raison et des arts: Apollon.
 
Telle la divinité solaire, toute la vie d’Apollinaire est envahie par l’art. Il vit pour et avec l’art. Ainsi disait-il: « J’aime l’art d’aujourd’hui car j’aime avant tout la lumière et tous les hommes aiment la lumière. Ils ont inventé le feu ».
 
D’une curiosité insatiable, tout l’intéresse, surtout ce qui n’est pas académique. Boulimique, il dévore tous les lieux où s’expose l’art: les expositions, les galeries, les salons et leurs vernissages, les ateliers d’artistes. Il fréquente aussi bien ses confrères critiques comme Louis Vauxcelles plus mesurés dans leurs propos, que les marchands tels que Kahnweiler, Vollard, Paul Guillaume, et les artistes du Bateau-Lavoir et d’ailleurs: Matisse, Picasso, Braque, Derain, Vlaminck, Marie Laurencin, Duchamp, pour ne citer qu’eux. Son activité est si intense qu’il semblerait presque avoir le don d’ubiquité. 
Toutes ces sorties et rencontres l’inspirent. Il s’interroge. Respectueux de l’art ancien mais enthousiaste face à une société en progrès et ouvert aux nouveaux courants artistiques qui délaissent l’Impressionnisme, rien ne lui échappe. Provocateur, il a l’audace de critiquer le futurisme pour lui préférer le cubisme. Visionnaire, il vante l’originalité de Duchamp dans les Méditations métaphysiques (1913)Il invente les expressions « orphisme » et « surréalisme ». Il joue avec les mots. Chaque écrit est une retranscription littéraire de l’oeuvre d’art picturale décrite. Sous sa plume, les peintures se transforment en prose. 
Son attention ne se borne pas aux techniques artistiques classiques. Tous les formes d’art l’intéressent: les arts africains et polynésiens mais aussi l’art dit populaire que sont le cirque, le théâtre, les affiches et la cinématographie.
Tout devient prétexte à la rédaction de brèves et chroniques. Il s’exprime quotidiennement et librement sur tous ces sujets dans les journaux: La Phalange (1907), L’Intransigeant (1910-1914), Paris Journal (1914) Les Soirées de Paris (1913), le Mercure de France, etc….Il donne des conférences. Ses opinions guident le monde de l’art.
 
Cet « Homme-Epoque », tel que le définissait Alberto Savinio en 1917, est effectivement un homme de son temps, défenseur de l’esprit nouveau et de la modernité, à l’encontre du goût du public, amoureux de sa liberté de penser, à la recherche de la vérité et en quête du progrès.
Naturalisé français au printemps 1916, son patriotisme est exacerbé dans ses chroniques artistiques. Victime de la Grande Guerre et de la grippe espagnole, Apollinaire s’éteint à l’âge de 38 ans, trop tôt dans cette effervescence artistique, à l’aube du dadaïsme et du surréalisme.  
Anne-Elisabeth Heurtaux