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Le Salon de peinture et de sculpture, ou la naissance d’une grande institution artistique         

Pendant la Renaissance, les artistes ont revendiqué avec force des droits et aussi une reconnaissance intellectuelle devant se traduire par une reconnaissance sociale. Ces velléités se sont traduites par l’apparition d’académies à Florence et à Bologne. On y a enseigné le dessin, la peinture, et toutes les autres techniques, discuté de questions du métier et de théorie et aussi organisé des expositions. Mais celles-ci étaient rares et ont fini par surtout présenter de grandes œuvres d’artistes du passé. En France, l’idée c’académie a fait son chemin et en 1648 a vu le jour l’Académie royale de peinture et de sculpture. Dans ses principes généraux, elle imite beaucoup ce qui s’est fait en Italie, mais dans un cadre institutionnel beaucoup plus défini. Un enseignement y est dispensé et une hiérarchie est établie. Les jeunes artistes, pour y entrer, doivent faire une œuvre qui fera ensuite partie de la collection de l’institution.

Bien entendu, l’idée d’une exposition régulière des travaux des académiciens est envisagée.  Mais ce projet met un peu de temps à se concrétiser. Décidée en 1663, la première exposition a lieu deux ans plus tard dans les salles de l’Académie. Les suivantes ouvrent leurs portes tous les deux ans. Mais, après celle de 1669, tout s’arrête. Il faut attendre 1681 pour que l’on puisse voir ces nouvelles œuvres réunies et puis 1699, cette fois dans la grande galerie du palais du Louvre. Mansart ne veut plus que cette exposition reste confidentielle : il lui offre un espace beaucoup plus grand et tout public y est admis. Mais il n’y a que deux manifestations entre 1700 et 1724. En 1727, le duc d’Antin, directeur des Bâtiments, piqué au vif par la présentation fastueuse de la collection du duc d’Orléans, décide de faire de l’exposition de l’Académie un grand événement. Il fait montrer de « grandes machines » aux amateurs.

Mais son initiative reste encore sans lendemain. Ce n’est que dix ans plus tard que le contrôleur aux finances Philibert Orry parvient à transformer ce qu’on ne va plus appeler que comme l’Exposition : l’entrée est gratuit et seul le livret est vendu. Le succès est important et tout le monde se presse au Louvre. Plus tard, elle présentée dans le salon carré du palais et on le succès dès lors le Salon. Ce succès qui est allé croissant a provoqué la naissance d’une littérature commentant ce que l’on peut y découvrir. Les artistes, satisfaits, déchantent assez vite : ces commentaires sont parfois désobligeants ! Il ya même des feuilles qui sont vendues à l’entrée avec des caricatures. Avec Denis Diderot naît la véritable littérature des Salons. Avant lui il n’y avait que des dilettanti, c’est-à-dire des amateurs avisés comme l’abbé Du Bos ou La Font de Saint-Yenne, pour parler des nouvelles créations artistiques. Avec lui est née la critique dans le plein sens du terme avec les Salons qu’il a publiés dans La Correspondance littéraire de Grimm. Des journalistes spécialisés, des pamphlétaires, des caricaturistes se sont déjà emparés du sujet. Toutes les revues puis tous les journaux s’en sont fait l’écho et en font des feuilletons, très suivis dans toute la France. Les grands écrivains du XIXe siècle (Stendhal, Musset, Gautier, Baudelaire, Janin, Maupassant, Mirbeau, Barbey d’Aurevilly, etc.) sacrifient volontiers à ce genre dans la presse et en font des livres. Le Salon et son univers sont omniprésents dans les romans de Balzac ou de Zola. Les journaux et les revues Le nombre de visiteurs est considérable, à tel point que c’est désormais l’événement culturel le plus important en France. Mais il y a beaucoup de polémique à cause des choix du jury, de la présentation des toiles, des dessins et des sculptures, et, à la fin, des options réactionnaires.

Cela dure néanmoins jusqu’en 1881 même si d’autres salons apparaissent, comme celui des Indépendants avec les impressionnistes : l’Etat prétend renoncer à son organisation. Mais ne durera pas longtemps ! Trois nouveaux salons naissent de cette mort. Une nouvelle histoire commence.

Gérard-Georges Lemaire                                                                                                                                                            Histoire du Salon de peinture, Gérard-Georges Lemaire, Klincksieck (2e édition), 256 p.