Portrait de Pascal Haudressy
Portrait de Pascal Haudressy

Pascal Haudressy

Plasticiens

https://www.artinterview.com/interviews/pascal-haudressy/

Artiste digital, les sculptures, installations et vidéos de Pascal Haudressy font appel à une technologie parfaitement maîtrisée déployée dans une vertigineuse ubiquité. Mais cet appareillage sophistiqué n’est pas une fin en soi, il est le serviteur zélé d’une créativité foisonnante. Unissant le vide et le plein, exprimant, pour la dépasser « la dimension antithétique des contraires », l’artiste crée des espaces de rencontre et de dialogue entre différents médiums (architecture, peinture, sculpture, vidéos, etc) jusqu’alors inexplorés. L’esthétique de son travail se fonde sur une symbolique, et sous tend un questionnement existentiel sur le devenir de l’homme et les défis de notre Temps ; réconcilier culture et nature, visible et invisible, réalité et virtuel.

Dans le passé, vous étiez journaliste à l’UNESCO. À quel moment vous est venue l’envie de débuter une carrière artistique ?

Je ne sais pas si on peut parler d’un moment précis. Je ne dissocie pas vraiment l’art des autres événements et paramètres de la vie. Pour moi, la pratique artistique est vraiment un point d’incarnation d’un faisceau de désir ou de facteurs plus larges que l’art, mais qui s’incarnent dans cette pratique.

Vos réalisations mêlent différents médiums, que voulez-vous exprimer en les conjuguant ?

Ce qui m’intéresse, ce sont les jonctions, notamment dans cette série Nature studies, entre dessin, sculpture, peinture et vidéo. Néanmoins, en terme de pourcentage, la vidéo représente une partie moindre. J’aime investir ces espaces qui ont été laissés en friche et les dialogues possibles entre ces différents médias. Il ne s’agit pas de superposition ou de collage, mais plutôt d’une émulsion dont le but est de trouver un lien fort et intrinsèque dans ces espaces de rencontre et dans ces différentes pratiques.

J’aime investir ces espaces qui ont été laissés en friche et les dialogues possibles entre ces différents médias.

Les mutations du réel (virus, clonage, nanotechnologies, robotique et réalité virtuelle) constituent le point central de votre réflexion. Quel aspect de notre temps vous fascine et alimente votre travail ?

Les artistes essaient de parler de leur temps, de ce qui caractérise l’époque dans laquelle ils vivent. Ce qui me fascine dans notre temporalité est cette idée de réconciliation, de dépassement des opposés dans leur dimension antithétique. Schématiquement, un opposé annihile l’autre, il y a comme une équation mathématique qui nous ferait arriver à zéro, une thèse et une antithèse qui dialoguent pour finalement s’annihiler. Notre monde s’est construit sur cette action, ce couple thèse  anti-thèse concernant les opposés.

Il me semble qu’aujourd’hui, l’un des points saillants de notre époque est le dépassement de cette dimension antithétique. Le matériel dialogue avec l’immatériel, nous sommes plutôt aujourd’hui sur des recherches de champs existant entre ces opposés. Je vois que vous avez un téléphone, c’est un exemple un peu trivial mais c’est à la fois un objet matériel, incarné, relié à des ondes. En même temps, il donne accès à des mondes d’informations extrêmement vastes, quasi infinis à l’échelle d’une vie d’homme. L’un des défis majeurs de cette thématique est de réconcilier environnement et nature. Il y a différents acteurs dans ces espaces mais il n’y a pas de hiérarchie entre eux. Il est vrai que le fonctionnement de notre monde est très lié à cette idée de hiérarchie, d’une verticalisation du pouvoir, de la connaissance. Cela est visible dans le système scolaire classique, entre le maître d’école et l’élève. Aujourd’hui, je pense que notre système est davantage horizontal. La société n’a pas encore tout à fait changé, mais cela est en cours.

Ce qui me fascine dans notre temporalité est cette idée de réconciliation.

Cette idée du dépassement antithétique et hiérarchique s’exprime-t-elle dans votre dernière série Nature studies ?

Dans cette série, ce qui m’intéressait était l’idée d’espace sans hiérarchie. Dans les symboles de l’architecture haussmannienne à Paris, nous avons cette idée de conquête, il s’agit de symboles d’hommes ou de femmes casqués, d’épées …

Nous sommes dans un discours presque militaire dans la conquête de l’espace aussi. Est-ce qu’il s’agit d’une lutte contre la nature ? Les espaces ici proposés échappent à cette logique de hiérarchie et de dominant / dominé.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Je me méfie un peu de cette notion de source d’inspiration artistique à cause de l’idée de transformation. Il y a l’inspiration, ensuite vient la transformation par le regard que l’artiste porte sur un objet ou sur un évènement. Cela me semble trop compliqué, je préfère avoir un rapport plus neutre aux sources d’inspiration et qu’elles subissent le moins de transformations possibles. C’est plutôt cela que je trouve inspirant car le système d’appropriation fonctionne mieux pour moi. La rencontre avec une source d’inspiration, même si elle est musicale, sonore, contient tout de même cette idée de silence et de temporalité que l’on peut établir dans le rapport à cette source d’inspiration.

L’art éclaire l’invisible, au même titre que la science ou la littérature.

Selon-vous, pourquoi l’art est-il important dans nos vies ?

Parce que l’art éclaire l’invisible, au même titre que la science ou la littérature. C’est une forme de réponse qui engendre peut-être plus de questions. Nous répondons à quelque chose, à une question tout en nous en posant beaucoup d’autres…

L’artiste révèle un monde à la fois familier et incongru où le vivant pulsatile, s’unit à l’abstraction fractale, où d’étranges pièces anatomiques se meuvent dans une géométrie non euclidienne. Il nous conduit aux limbes de la perception objective, aux rivages de la raison où s’infléchit et se perd la rationalité et s’ouvre une réalité onirique qui ne serait pas feinte.

Pour moi, la pratique artistique est un point d'incarnation d'un faisceau de désirs ou de facteurs qui sont plus larges que l'art, mais qui s'incarnent dans cette pratique.

Pascal Haudressy