Portrait de Pablo Dalas – Laurent Impeduglia
Portrait de Pablo Dalas – Laurent Impeduglia

Pablo Dalas – Laurent Impeduglia

Peinture

https://www.artinterview.com/interviews/laurent-impeduglia-pablo-dalas/

ZOO – L’art anthropomorphique s’invite au MIMA – Bruxelles !

L’exposition ZOO réunit onze artistes internationaux au MIMA autour d’un thème commun : l’anthropomorphisme. S’inspirant de l’héritage visuel de la culture pop de masse comme le dessin animé, la bande dessinée ou le graphisme, les artistes livrent une vision étonnante de la relation entre humain et animal. L’adoption de ces codes esthétiques et le détournement de leurs sens premiers dans les œuvres de ZOO dévoilent une humanité éloignée de la nature, superficielle et souvent joyeuse. Visite au MIMA, l’occasion de découvrir l’univers de deux artistes ; Laurent Impeduglia et Pablo Dalas.

Pablo Dalas

Quel cheminement vous a conduit aux tatouages et à la peinture ?

Mes deux parents sont professeurs d’arts plastiques. J’ai toujours dessiné et je fais du graffiti depuis l’adolescence. Puis à l’école, j’ai étudié le graphisme et en parallèle de mes études, j’ai continué à peindre sur mur. J’ai développé un langage personnel sur papier, en peinture, puis en tatouage.

J’ai commencé à m’intéresser au tattoo, plus tard, parce que des artistes que j’aimais bien en faisaient, mais il s’agissait du tattoo un peu hors format fait par des graffeurs, des illustrateurs, des graphistes. J’ai commencé à me faire tatouer puis je me suis dit ; « pourquoi pas essayer moi aussi ? »

Pourquoi avoir choisi l’esthétique des films d’animation anciens ?

Je pense que ça vient du fait que quand j’étais petit, mon père m’a mis entre les mains plein de bandes dessinées. J’ai grandi en lisant Lucky Luke, Astérix, Tintin et je pense même que j’ai appris à dessiner en recopiant des albums d’Astérix. Mon langage graphique s’est donc naturellement orienté vers là.

Je suis fasciné par les dessins animés des années 30, 40, 50. Walt Disney, Tex Avery, je les adore et les estime beaucoup. Pour moi, ce sont des œuvres d’art à part entière. Dans le film d’animation traditionnel, il y a ce qu’on appelle les smers qui sont des techniques d’animation qui consistent à dessiner une image intermédiaire sur un mouvement rapide d’un personnage, un bras qui bouge par exemple, l’animateur va dessiner une image intermédiaire où le bras va être déformé, pour qu’une fois mises bout-à-bout, ces images apparaissent fluides.

Quand j’ai découvert cela, j’ai commencé à aller chercher tous ces smers qui sont cachés à des endroits qu’on ne voit pas. Et je me suis demandé comment récupérer cela et l’intégrer dans mon langage graphique. C’est une manière de déformer mes personnages, de les rendre étranges, de les amener à un endroit et de les déplacer un petit peu de là où ils devraient être.

Comment votre travail s’inscrit-il dans l’exposition ZOO et son anthropomorphisme ?

L’anthropomorphisme est déjà omniprésent dans mon travail car je m’inspire principalement de figures cartoon. Chez Walt Disney, et dans le cartoon en général, on donne souvent des attitudes et formes humaines aux animaux. On les affuble d’éléments humains comme des vêtements. Tout cela était donc déjà là.

Que souhaitez-vous donner à voir ?

L’esthétique avant tout. J’essaie de faire des images fortes qui vont marquer. Par exemple, cette peinture murale au format surdimensionné a été travaillée in situ pour cette exposition ; il y a l’idée de quelque chose d’écrasant. Elle est remplie et déborde du cadre. J’ai envie que le spectateur se voit et se retrouve réellement submergé par cette quantité, par cette accumulation de personnages qui nous tombent un peu dessus.

Quel est votre regard sur le MIMA Museum et sa démarche ?

J’ai toujours fait partie des spectateurs du MIMA. Je trouve que sa vision très pluridisciplinaire est intéressante. Il est vrai que le MIMA a le mérite de mettre en avant la jeune génération et n’a pas peur de mélanger les styles et les pratiques. Des pratiques qui sont encore un peu ‘underground’ et qui ne sont pas jugées ‘nobles’ sont mis en lumière. Elles ne sont peu montrées dans les institutions, mais pourtant elles font partie des nouvelles formes d’art très importantes de notre époque. Des artistes venant du graffiti, du tatouage, de la bande dessinée et de l’illustration sont présentés dans un environnement muséal. Ça c’est quelque chose qui me parle.

Selon vous pourquoi l’art est-il important dans nos vies ?

Je pense que l’art est essentiel pour aiguiser la curiosité et pour ouvrir à l’imaginaire. Ça fait partie des derniers endroits où nous pouvons encore être libre de penser ce qu’on veut face à une œuvre d’art, se faire sa propre opinion , développer son libre arbitre. Et il faut que ça continue d’exister le plus possible parce que c’est l’un des derniers endroits où nous pouvons vraiment rêver.

Laurent Impeduglia

Qu’est-ce qui a motivé votre désir de vous consacrer à la peinture ?

Il est difficile de parler de mon travail sans parler d’un fait de vie important en 1990, lorsque mon frère décède. Evidemment, perdu dans ce monde de brutes, j’ai cherché après une quête philosophale, ce qui a évidemment influencé mon travail. Le fait que je me sois retrouvé sans point de repère, je me suis senti obligé de recréer un monde parallèle pour me reconstruire. Un monde dans lequel j’allais créer une forme de bulle. Et en fait mon travail, ce n’est que ça, d’ailleurs le titre ici “Out of this world” le dit bien, c’est une manière d’échapper à ma réalité de chaque jour, c’est un refuge.

Pourquoi avez-vous été influencé par l’univers Pop ?

Je parlerais de Pop Shit plutôt que de Pop art. C’est peut-être une version un peu décadente du Pop, parce que je ne suis pas du tout dans cette vérité marchande de l’art. Je suis plutôt un underground, je viens d’une plateforme plutôt alternative. Mon parcours artistique vient plutôt des comics, dans la phase de la bande dessinée et de l’illustration, mais pas du tout du chemin Warhol Kunz, qui sont des machines de guerre. Je me donne le temps et je me fais plaisir. Ce n’est pas du tout dans un esprit de vendre sur le marché.

L’anthropomorphisme est omniprésent dans votre travail. Pour quelles raisons ?

En fait elle s’inscrit de manière tout à fait naturelle dans mon travail. A partir du moment où j’ai requestionné mon éducation judéo-chrétienne. Je me suis dit que mes croyances contemporaines sont finalement liées à ma culture, à mes influences, à mon enfance qui me relie à mon histoire et à mon parcours avec mon frère. Il me plaisait tout simplement de déplacer cette divinité sur d’autres personnages. Par exemple, le dauphin incarne le dieu dans mon travail. Toutes ces icônes contemporaines de notre histoire, de ma jeunesse sont devenues nos dieux d’aujourd’hui. D’où l’anthropomorphisme, omniprésent dans mon travail.

Que souhaitez-vous donner à voir à travers vos œuvres ?

Si ma peinture pouvait revenir, je pourrais à nouveau la retoucher. D’ailleurs dans les œuvres plus petites, c’est ce que je fais depuis 2012. Dès qu’elles reviennent à l’atelier, je remets une strate dessus, une couche finalement plus fraîche. Sur les grands formats, j’essaie d’être plus général et de canaliser un peu toutes les émotions. Je me sens comme une éponge et sans filtre, je partage, je revois tout ce que je reçois. J’ai toujours ce sentiment d’être à côté.

Quand on me demande cet exercice de parler de mon travail, je m’en sens toujours incapable, parce qu’en fait je ne me considère pas moi-même comme un artiste. Je suis plutôt un faiseur d’images et je n’ai aucune prétention vis-à-vis de l’art, de la création, des musées, des galeries, même si j’ai un parcours depuis plusieurs années avec les galeries et les musées. Je suis un vrai iconoclaste, dans ce sens-là, parce que je n’ai pas de frontières, je m’autorise des calembours et parfois des choses qui commencent à être de plus en plus censurées. Comme ici, le petit “Free Palestine Free Ukraine Free wifi” qui n’est autre qu’une blague et qui m’a valu certains soucis.

Quel est votre regard sur le MIMA Museum et sa démarche ?

Pour moi, c’est formidable que le MIMA existe. Depuis l’ouverture, je me réjouissais de pouvoir enfin participer à une exposition. Pourquoi ? Tout simplement parce que chaque ville devrait avoir son musée iconoclaste et permettre à toutes ces jeunes cultures alternatives underground et du street art (c’est tellement large et ouvert) d’avoir un lieu réel d’exposition. Un vrai musée qui défend ce type d’image, et non pas une galerie d’art, parce que il est plus facile de trouver les galeries. Et il suffit de le voir autour de nous, le public jeune fréquente à nouveau le musée. Même si je reste bienveillant au regard de la culture, il faut dire que beaucoup de musées sont un peu poussiéreux. Et l’art contemporain est parfois très élitiste et très difficile à pénétrer alors que ce musée est plutôt dans la générosité, le partage et la fraîcheur.

Selon vous, pourquoi l’art est-il important dans nos vies ?

Ce serait plutôt que je ne sais pas s’il est si important pour les autres, mais pour moi, il me permet de rêver et de voyager, tout simplement.

Commissariats d’exposition :
Alice van den Abeele & Raphaël Cruyt
Où ? MIMA, Millennium Iconoclast Museum of Art, 30-41 Quai du Hainaut, 1080 Bruxelles.
Quand ? De 1er février au 30 août 2020, du mercredi au vendredi de 10h à 18h30 et le weekend de 11h à 19h30.
Combien ? 9,50 EUR au tarif plein. Plusieurs tarifs réduits disponibles.

Accéder au site du MIMA

Le MIMA a le mérite de mettre en avant la jeune génération et n'a pas peur de mélanger les styles et les pratiques.

Pablo Dalas