Visite d’un peintre à l’exposition « Le Greco » au Grand Palais

Marc Goldstain

L’oeil du peintre Marc Goldstain

Rendre visite au Greco à l’exposition du grand palais, c’est rencontrer un artiste universel et atypique, « irrégulier » comme dirait Renoir.

En regardant la peinture sous l’angle de la touche, de la matière picturale on peu faire des parallèles amusants et instructifs…Le Greco voyage dans le temps, traverse les époques…

Pourtant sa peinture est troublante, contrastée, étrange. Il associe des paysages arides, des figures religieuses ou politiques et une curieuse sensualité de la chair. Les corps souvent terreux se dissolvent, s’étirent; ils se consument dans leurs drapés aux couleurs inflammables!

On le sait Delacroix, Manet appréciaient  le Crétois, et puis Cézanne véritable « frêre du Greco » selon Franz Marc. Il peint « à la touche », Comme ces artistes le feront plus tard,  touche bien visible même dans ses glacis…

Quand on regarde ses corps qui semblent se dissoudre dans l’espace, ses têtes rétrécir, l’esprit d’Alberto Giacometti semble déjà souffler… On sait aussi que Picasso a été durablement marqué par «l’ouverture du 5e sceau». Cette peinture tardive, hors normes, montre un théâtre de corps  nus stylisés et déformés aux contours très marqués, sur un fond bouché d’un décors de drapés et de ciel tourmenté. Les périodes roses et bleues (bien qu’adoucies de roses et bleues!) du maître espagnol s’y reflètent très bien. Par un autre biais, la modernité du regard du Greco choque quand apparait le visage glaçant du cardinal Fernando de Guevara, je ne peux m’empêcher d’y voir un de nos hommes de pouvoir. Francis Bacon ne s’y était pas trompé en en faisant une relecture. Déjà nous percute la violence de la couleur, l’expressivité brute de la touche accentuant la virulence de l’oeuvre.

D’ailleurs, en scrutant de plus près certains visages du Greco, on distingue une touche verticale, hachée, linéaire qui ne suis pas les contours du visage mais qui semble le constituer comme une souche l’est de ses fibres. Dans d’autres visages ce sont des formes inachevées, rondes et souples comme embryonnaires…Cette manière de peindre parfois incompréhensible -une oeuvre dont on ne comprend pas la facture est le signe à mon sens d’une grande oeuvre- appelle un Chaïm Soutine. Et l’on peut retrouver certaines de ces touches chez le medium Francis Bacon, dans l’exposition actuelle au centre Pompidou qui résonne avec celle du Grand palais.

Pour finir ce jeu des comparaisons,  me viens comme une évidence celle de Gerard Garouste peintre vivant et Français à la folie integrée à son œuvre. À nouveau la déformation des corps, la technique souple et fluide, la couleur riche et aiguë en font un rameau -plus bavard- du génie de Tolède.

Marc Goldstain