Image de Renzo Piano Building Workshop, entre la science et l’art
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Renzo Piano Building Workshop, entre la science et l’art

Par Loïc Couton

Extrait
Renzo Piano Building Workshop, entre la science et l’art de Loïc Couton

Pour réduire l’intervalle sémantique qui le sépare de l’observateur, Renzo Piano va appuyer sur les trois fondements conceptuels de l’architecture que sont l’esthétique, le symbolisme et la construction, qu’il va faire interagir entre eux pour l’amener à l’expressivité architecturale qu’il recherche. 

L’esthétique 

Dès l’instant que nous qualifions une architecture, un vêtement, une oeuvre d’art, une musique, nous faisons référence, d’une manière ou d’une autre, à la notion de beauté. Notre premier sentiment est de trouver beau ou laid, tel bâtiment, telle robe, tel objet, indépendamment de toute autre opinion critique qui émerge avec le temps,  l’expérience ou l’usage. Malgré la tendance actuelle qui veut que l’architecture doive être appréhendée en marge de toute considération liée a l’idée de beauté, trop subjective, l’esthétique demeure une notion fondamentale dans les processus créatifs. À ce titre, elle ne peut être écartée des choix conceptuels et méthodologiques établis dans un contexte technique, social et historique particulier. 
C’est pourquoi je préfère parler d’affect, recherché et ressenti, qui permet d’envisager l’esthétique architecturale sous un angle moins arbitraire que l’opposition beau/laid ; l’ affect reposant sur des notions plus consensuelles comme l’impression de légèreté, de transparence, de plissé, d’aléatoire ; ou encore de vibration, de cinétique, de moiré, de lumière ; mais aussi l’alternance, l’étalement, de profondeur (cette liste laconique n’étant pas exhaustive). 

Chez Renzo Piano, l’esthétique architecturale procède toujours d’un choix délibérément associé à des éléments, matériels ou immatériels, relevant de la conception (construction, matériau, fonction, forme, force, caractère, qualité…), ce qui explique que les conditions de sa manifestation sont si étroitement liées à la raison d’être ou à la matérialité de l’architecture qui l’arbore. 
La forme emblématique du stade de football San Nicola à Bari, dans la région des Pouilles, évoquant une fleur ouverte, trouve son origine dans la double nécessité de ventiler naturellement le bâtiment, dans une région où il fait souvent très chaud, et de répondre à la nécessité de séparer physiquement les groupes de supporters, pour des raisons évidentes de sécurité, comme nous l’explique Piano : «  Voilà pourquoi nous avons procédé par blocs, ce que nous avons appelé ensuite les “pétales” du stade. Chacun d’ entre eux ne devait pas contenir plus de deux mille personnes. Deux mille personnes, vous le savez, c’est la population moyenne d’un théâtre. Dans ces conditions il est possible de tenir une foule. » Puis il complète : Si le bâtiment avait été trop fermé, on aurait eu un problème de chaleur.  L’ouverture a permis aussi de créer la ventilation. Beaucoup d’études techniques ont été menées pour résoudre ce problème. Dans cette profession, l’esthétique d’un bâtiment ou d’une pièce se marie toujours à sa signification, à sa destination. » Le résultat visible de cette conception liée a l’usage et au confort se traduit finalement par une sensation de légèreté inhabituelle pour une construction en béton, d’où résulte toute l’esthétique du projet. L’équilibre des pleins et des vides, le soulèvement de I’ensemble, la transparence que cela génère, allége visuellement le projet jusqu’à le rendre « beau ». 

(…)

Cette esthétique architecturale, cette notion de beauté est partie prenante de l’architecture, et donc de l’usage que fait Renzo Piano des techniques qui lui donnent corps. Comme dans l’art, la musique ou la mode, ceux qui possèdent la plus grande maitrise de la technique, sont conscients de la beauté qui peut surgir de son application savante, en évitant l’ornement ou la décoration : « C’est à cette occasion que j’ai découvert la beauté de la lumière comme phénomène architectural. Et au-delà de la lumière, tous les phénomènes physiques qui naissent dans l’environnement construit, tout ce qui n’est pas dur et qui forme à mon sens l’essentiel du plaisir d’habiter pour les gens. Or, à aucun moment dans la conception je ne me suis dit : “Je vais chercher à obtenir ces effets.” Ils sont la conséquence naturelle de l’application de certains principes. Ils naissent en symbiose avec le traitement rigoureux de la matière et de la construction. »


Le symbolisme 

L’humain possède naturellement une propension à interpréter toute chose en fonction de son histoire, de sa culture ou de ses croyances, en l’évoquant par des figures iconiques, indicielles ou symboliques ; dans le but ancestral de représenter le monde concret en fonction de ses manifestations abstraites.  

Sens 

La dimension symbolique de l’architecture s’est émancipée depuis bien longtemps de I’académisme doctrinal qui l’a gouvernée jusqu’à la fin du XIXe siècle, comme elle s’est libérée des courants de pensée qui se sont succédé au cours du XXe siècle. Au symbolisme académique, s’est substituée une sémiotique architecturale moins dogmatique, mais tout aussi prégnante. Pour le projet du Centre Culturel Tjibaou, Bernard Plattner explique que I’idée des cases, qui rythment le bâtiment, a permis d’apposer une identité architecturale extrêmement forte à ce projet, à la fois lisible et porteuse d’un certain message. 

Ce que Piano cherche à illustrer par la forme architecturale est plus conceptuel qu’expressionniste. Il colore l’image originelle du projet d’une aura sémantique nécessaire à sa communication durant tout le processus. Cette première formulation, si fortement impliqué dans le travail d’interprétation du contexte du projet, ne va pas nécessairement lui survivre. 

Loïc Couton est architecte DPLG, professeur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Malaquais, docteur en architecture, chercheur au laboratoire Géométrie, Structure, Architecture et ancien associé de l’agence Renzo Piano Building Workshop.

Renzo Piano Building Workshop, entre la science et l’art
Loïc Couton
Editions Arléa

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