Image de L’artiste tactile ou la touche touchante
Image de L’artiste tactile ou la touche touchante

L’artiste tactile ou la touche touchante

Marc Goldstain

L’oeil du peintre Marc Goldstain

La touche du peintre… On la voit sur les tableaux accrochés dans les musées, les galeries d’art…

Mais elle est d’abord un acte relationnel qui implique le fait de « toucher » le support – toile, papier… – lorsque l’artiste peint. C’est le moment où le corps entre en action au service de la main, du pinceau. D’une certaine façon, lorsque son outil entre en contact avec la toile, l’artiste se contacte lui-même tactilement. Si il y est attentif, il va percevoir corporellement les qualités de son geste : tendu ou doux, appuyé ou léger, rapide ou lent, ramassé brutal ou délicat délié, etc. Une vraie palette de modulations et de sensations apparait à sa disposition ! La base d’un « dialogue tonique* » avec lui-même, agit et ressenti,  articulé par le biais de tout son corps et de sa main outillée. En effet le peintre pourra moduler son tonus musculaire, l’amplitude et le rythme de son geste en fonction de la manière dont il sera touché par ceux-ci. Ce dialogue tonique influence en direct l’arrière plan émotionnel vécu par l’artiste et l’œuvre en devenir.

Chaque touche nait d’un acte unique, chacune est particulière et ne peux ressembler à la suivante. C’est ce qui différencie une touche organique de celle répétitive de l’imprimante par exemple (en mécanisant ses pratiques l’humanité ne se mécanise-t-elle pas elle-même ?). Par ailleurs, au delà de l’aspect relationnel de l’artiste à lui-même, la touche picturale est la première trace, le premier élément constitutif du dessin et de la peinture, comme l’atome est constitutif de la molécule, c’est à dire d’une forme plus grande et signifiant peut-être davantage. Cette trace se révèle communicative, jusqu’à concerner un spectateur qui sera touché à son tour, et entre ainsi en résonance avec l’artiste…

Ces relations multiples nécessitent un contact conscient, attentif avec ses outils et support pour l’artiste, une bonne connaissance de ceux-ci. Enfin une attitude empathique avec l’œuvre pour l’artiste et le spectateur.

Ainsi, l’expression picturale devient touchante, comme une présence, un sentiment. Pour l’artiste, c’est un élément de dialogue actif, puisque le fait de réceptionner l’effet pictural de son propre geste, le sollicitera peut-être dans une nouvelle action.

*(cf. D. Bois « le moi renouvelé », éditions point d’appui 2006) 

Marc Goldstain 2020