Image de La danse, à cœur et à corps
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La danse, à cœur et à corps

Par Nathalie Dassa

D’une puissance émancipatrice et sensuelle, la danse est sans doute l’une des belles voies vers la liberté et la délivrance physique. Histoire de se mettre en jambes, place ici au pouvoir du corps avec des danses qui (re)prennent vie entre ombre et lumière. Florilège.

Des corps qui ondoient, se meuvent, se déhanchent et s’abandonnent dans l’espace au rythme de la musique. La danse a l’art de savoir rompre avec les frontières, créant une bulle d’air sur le monde. Cette manière qu’elle a de raconter des histoires, d’inviter à la rencontre, d’entrelacer les univers, de libérer les énergies, de réveiller les consciences et de faire sourire les visages, donne un pouvoir absolu aux corps en mouvement. Un langage vivant et universel qui peut parfois provoquer des petites révolutions culturelles. Sphère privée ou publique, danser, c’est ainsi prendre sa place dans le monde. So, let’s dance !

POP, FLASHY & REVIVAL

Rien ne se crée, tout se réinvente. Si la plupart des danses urbaines ont vu le jour aux États-Unis au mitan du XXe siècle, elles ont toutes favorisé l’émergence de nouveaux styles. Certaines ont réussi une percée sur la scène artistique internationale au passage du millénaire.

À commencer par le voguing au body language festif, avec ses tenues à paillettes, ses strass, son maquillage outrancier et ses talons hauts. Cette danse codifiée, issue de la communauté LGBT d’Harlem et de la culture ballroom, est affaire de style et de déhanchement. Son nom prend sa source du fameux magazine de mode et s’inspire des poses caricaturales de mannequins sur les runways. Popularisée par le clip Vogue de Madonna dans les années 90, elle est revenue en force grâce à la série Pose, Climax de Gaspar Noé, Port Authority de Danielle Lessovitz et des artistes comme Kiddy Smile. Une contre-culture queer qui glisse vers la pop culture.

Mais elle n’est pas la seule. Le waacking, né dans les clubs gays de Los Angeles, a fait aussi son come-back, séduisant davantage les femmes. Ou plus exactement les reines du dancefloor. Le clip Apeshit de Beyoncé et Jay-Z a contribué à relancer cette discipline qui s’inspire des poses glamour d’icônes hollywoodiennes, comme Greta Garbo et Marilyn Monroe, au rythme du disco, de la soul et du funk. Un pouvoir d’empowerment suprême dont les valeurs comprennent la célébration de l’individualité, l’expression de soi, la narration et le drame.

De son côté, le Hiplet (prononcé hip-lay) a fait également tourner les têtes. Phénomène viral plus récent, cette danse hybride, fondée par Homer Hans Bryant du Multicultural Dance Center de Chicago, fusionne technique des pointes du ballet et hip-hop. Rythvmé, élancé et élégant, ce style a su casser les codes pour affoler les dancefloors outre-Atlantique.

Hiplet – credit Kai Regan

ENTENTE À DEUX

À l’évidence, la beauté de la danse est qu’elle sait s’immiscer sans se parler. Elle met les peaux en contact et redonne un sens au toucher. Un art qui invite à la rencontre. C’est une des raisons pour lesquelles les danses de couple sont devenues branchées ces dernières années. Les gens ressentent le besoin de se divertir, dû en partie à la tension sociale. L’attrait des comédies musicales (Dirty Dancing, Grease, La La Land) et de l’émission Danse avec les Stars, a redonné souffle à ces pratiques, qui touchent tous les domaines. Si les danses de salon ont été perçues comme ringardes, destinées aux bals populaires et autres guinguettes pour séniors, les millenials sont cette fois sur la piste.

À l’heure où la société cède au vintage et à la nostalgie, nombreux sont les adeptes à se laisser griser par le retour en grâce du swing, avec des chorégraphies virevoltantes et sensuelles. La renaissance du Lindy Hop, prenant ses racines dans les rues de Harlem pendant les années folles, fait fureur. Énergique et festive, elle regroupe des mouvements de charleston, de boogie-woogie et de claquettes. Elle puise aujourd’hui sa force dans des musiques électro swing, avec des groupes phares comme Lyre le Temps. Le West Coast Swing (WCS), issu du Lindy Hop, connaît aussi un regain particulier. Cette danse californienne des années 50 a su s’adapter à l’air du temps faisant sautiller les corps sur des musiques RnB, pop, dance, soul et funk. Des remèdes contre la morosité qui font hocher la tête et taper du pied les nouvelles générations.

Photo à la une : Lindy Hop – danseurs pro Kevin St Laurent et Emily aka Jo

LÂCHER PRISE

L’intensité des danses sociales reste ainsi palpable, physique et charnelle, favorisant l’abandon de soi, le dépassement de ses peurs, l’épanouissement et la créativité. Pour les amateurs en quête de spiritualité, l’Ecstatic Dance propose une autre perception aux vertus libératoires. Pratiquée à Hawaï, Goa, San Francisco ou encore en Grèce, et dans plusieurs capitales dont Paris, cette danse plus récente se veut libre de toute chorégraphie, s’appuyant uniquement sur le pouvoir de la musique. Le but est de se connecter à son moi intérieur jusqu’à ressentir des sensations de transe et d’extase. Sans drogue ni alcool. Condition sine qua non. La danse extatique privilégie de fait des lieux lumineux, loin des atmosphères sombres et confinées des boîtes de nuit. Libérer les esprits et émouvoir les corps, telles sont les bases de ce concept où chacun puise en soi en se liant aux autres.

Protéiforme, la danse fait ainsi valser les étiquettes. Elixir de jeunesse, parade de séduction, moyens d’expression identitaire, d’intégration sociale et de résilience, acte de ralliement ou dimension politique, elle met le cœur en fête et tend vers une vérité salutaire qui appartient à tout un chacun. Sans faux pas.

Ecstatic Dance

Clip “Vogue” Madonna directed by David Fincher
Hip-Hop En Pointe: The Rhythm and Beat of Hiplet
https://youtu.be/kbMqWXnpXcA
Clip Apeshit de Beyoncé et Jay-Z
La La Land – Comédie musicale de Damien Chazelle